Projet Le vent en poupe - Chapitre trois - Dossier
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    Michel Langlois, aveugle depuis l'adolescence
Dès sa plus tendre enfance, Michel Langlois a perdu la vue graduellement jusqu'à devenir aveugle pendant son adolescence. Ceux qui l'ont déjà vu ou rencontré ne l'ont certainement pas oublié ! Il a une bouille sympathique, une barbe hirsute et un sourire qui n'en finit plus. Quand il rit, il a les yeux à demi fermés… on ne voit pas qu'il est non voyant, on le devine ! Depuis quelques mois, il donne des conférences sur la motivation et la résistance aux changements avec tout l'humour qu'on lui connaît. Et il fait la cuisine !

Des quantités un peu floues...
«J'habite seul et je fais la majorité de mes repas. Je ne suis pas un expert et je cuisine pour me nourrir, mais je peux faire d'excellentes soupes aux légumes et des sauces béchamel au micro-ondes avec quelques variantes de fromage et de champignons, des plats mijotés, des sauces à spaghetti, à condition que les recettes supportent les quantités un peu floues ! Une recette qui exigerait des quantités précises pourrait me donner du fil à retordre.» De quoi donner des complexes à ceux qui peuvent jouir d'une vue impeccable pour préparer leurs repas ! «La pire chose à préparer pour un non-voyant, ce sont les déjeuners, explique Michel, ou les repas à deux ou trois chaudrons. Surveiller les rôtis, le bacon et le café me rend fou, lance-t-il en riant. Pour le prix, je préfère aller déjeuner au restaurant.»

L'art de s'y retrouver
Pour Michel Langlois, le secret de la réussite dans la cuisine réside dans l'art de retrouver ses affaires au bon endroit. «Il ne faut pas qu'on vienne fouiller dans mes armoires. Si ça arrive, c'est dramatique ! Je peux chercher mes filtres à café pendant une demi-heure s'ils ont été déplacés d'un centimètre. On n'y pense pas, mais les mains, ça ne voit pas large ! Tu peux faire le tour des objets longtemps !»

Avant d'entreprendre une recette, Michel s'assure de la connaître par cœur. Et comment reconnaît-il ses aliments? «Toutes les conserves, les épices et assaisonnements sont étiquetés en braille sur un ruban plastique. Par exemple, sur le couvercle du petit pot de paprika, on retrouvera les lettres PAP, et ainsi de suite.» Lorsqu'il achète des enveloppes de soupes, il doit démêler celles auxquelles on doit ajouter de l'eau froide et les autres à ajouter à l'eau bouillante. «Ça prend une organisation terrible et une bonne mémoire», dit-il. Ce qui ne garantit malheureusement pas le succès à tout coup ! 

Soupe aux légumes et... ananas
Michel se souvient de ce soir où il a grimacé en goûtant sa soupe aux légumes : «Le goût ne rimait à rien, alors j'ai appelé un voisin et je lui ai demandé de me dire ce que j'avais mis dans ma soupe aux légumes. Plutôt qu'une boîte de tomates, j'avais mis une boîte de sauce aux ananas !» Il rit de bon cœur en racontant l'anecdote. «Tout ne peut pas être parfait, dit-il. J'ai une amie qui avait l'habitude de mettre des aliments et des poudres dans des pots de beurre d'arachide recyclés. Ils n'étaient pas étiquetés, mais je me suis dit que j'allais me servir de mon nez ! Je me suis fait une soupe aux nouilles et aux légumes et j'ai ajouté ce que je croyais être une poudre de bœuf. Ça ne goûtait ni bon ni mauvais, mais je savais que j'avais gaffé ! J'ai appelé ma copine qui m'a dit que j'avais mis de la poudre à sauce à poutine BBQ dans ma soupe !»

Il y a aussi cette lasagne à laquelle il s'est attaqué il y a quelques jours. «Une chance que c'est moi qui l'ai mangée ! OK, ça manquait de sauce, y avait trop de fromage, et les pâtes ! Ça prend du volume des pâtes à lasagne, madame !» Et il rit de sa mésaventure à gorge déployée.

Sa recette de galettes anglaises
Michel est un amateur de galettes anglaises et jure qu'il les réussit avec brio. «J'ai appris la recette par cœur et je l'adapte à mes fantaisies du jour. Une tasse et demie de farine, une tasse de gruau, du sucre, du soda, de la poudre à pâte, des noix, des raisins, des brisures de chocolat, celle-là je la maîtrise très bien... si personne ne change mes affaires de place !» 

Prudence au restaurant
Au restaurant, où il se retrouve souvent par désir ou pour affaires, il optera pour son mets de prédilection. «Je suis un amateur de bœuf. Des fois, je vais chez Bonin, rue Saint-Hubert près de Jarry, un petit resto familial, et je me paie l'entrecôte aux poivres. C'est terriblement bon ! Ou Chez Lien, le restaurant vietnamien, où on sert une cuisine pas trop grasse, moi qui dois faire attention à ma ligne. J'aime le petit goût de citronnelle de sa cuisine.» Chez Pasta Express, il craque pour les sauces. «Les rosées et carbonara sont parfaites et leurs pâtes toujours à point.»

«Les odeurs me stimulent car mon odorat est très développé. Je peux reconnaître, au nez, une sauce bordelaise ou une bonne sauce au vin. Malgré ça, au restaurant, j'ai le réflexe d'être prudent. Je redoute l'essai de nouveaux plats dont le goût ne me serait pas familier. Puis je ne peux pas faire comme bien des gens qui regardent ce que le voisin a dans son assiette pour s'inspirer... Le premier contact que j'ai avec la nourriture que je prends n'est pas visuel. Je sais ce que je mange quand j'ai la première bouchée dans la bouche. Si je ne fais pas confiance au chef, j'ai un problème !»

Depuis quelque temps, il ne se prive plus de prendre un steak et de demander de l'aide pour le trancher. «Surtout pour ne pas retrouver mes petits pois dans l'assiette du voisin, raconte-t-il. J'avais des scrupules à demander de l'aide au restaurant, mais j'ai fini par accepter le fait que j'en avais besoin.»

Une belle fin de repas
Michel Langlois ne voit pas, mais il sent, goûte et aime bien terminer son repas de belle façon. «J'ai développé mon goût au scotch et à l'armagnac. Je suis un être multisensoriel et rien ne me procure autant de plaisir qu'un bon armagnac, avec un cigare et de la musique classique.»

Le cigare, c'est son petit plaisir. «J'aime les cigares du Honduras. Un Honduras Laperla ou un DonMacho, ça c'est à mon goût ! Ils sont moins chers que les Cubains ou les Davidoff. C'est une bonne équivalence et on ne paie pas pour le nom !»

Thérèse Parisien
 

© Service Vie
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