

Pour les connaisseurs,
Philippe Faure-Brac, c'est tout simplement le meilleur sommelier du monde
1992. Né
en 1960 à Marseille, ce petit-fils de restaurateurs montagnards
se convertit très tôt au culte de Bacchus. La superbe cave
de son Bistrot du Sommelier jouit d'une réputation internationale
et attire de nombreuses vedettes du showbiz, abonnées au château pétrus...
Membre du comité de rédaction de la revue Sommelier international,
chroniqueur radiophonique sur B.F.M. (96.4 F.M.), Philippe Faure-Brac est
également l'auteur de plusieurs ouvrages consacrés au vin
: La Cave idéale, Le Livre de cave et Les Grands Vins
du siècle (E/P/A Hachette).
Le
Guide Rouge
: Il existe aujourd'hui un engouement du public pour le
vin, notamment de la part des jeunes. S'agit-il d'une mode passagère
ou bien d'un phénomène plus profond ?
Philippe
Faure-Brac : Il
y a 25 ans, lorsque j'ai commencé le métier, le vin était
déjà à la mode. Or une mode qui dure 25 ans n'en est
plus une : c'est un phénomène culturel. L'intérêt
manifesté par les jeunes de 25-30 ans est en revanche quelque chose
de récent. Il y a quelques années, voir des étudiants
participer à des dégustations nocturnes était rarissime.
Aujourd'hui, c'est chose courante. La connaissance du vin permet une certaine
reconnaissance sociale. L'effet négatif de tout cela est économique
: de plus en plus de gens s'intéressant au vin, le prix des bouteilles
a considérablement augmenté ces dernières années…
Pouvez-vous
nous dresser le portrait de l'amateur de vin idéal ?
L'amateur
idéal est quelqu'un d'ouvert. C'est un vrai sensuel, attentif à
son propre plaisir charnel, un peu égoïste donc mais, en même
temps, c'est un bon compagnon de table, aimant partager et faire découvrir
aux autres ses dernières trouvailles. C'est aussi un imaginatif
(ouvrir une bouteille de haut-brion ou de romanée-conti fait rêver)
mais qui n'intellectualise pas trop le vin.
Et
le sommelier idéal ?
Il
faut une vie pour faire un sommelier ! Une vie faite de voyages à
travers le monde et de rencontres.
Pour
moi, un bon sommelier est avant tout quelqu'un qui a le sens du service.
Le but est de faire plaisir au client. Pour cela, il faut essayer de répondre
à son attente. Il faut deviner ses goûts et sa personnalité,
être diplomate (en tenant compte notamment du facteur économique
et en ne proposant pas d'office un vin trop coûteux). Il doit y avoir
un dialogue, une sympathie, une complicité entre le sommelier et
le client. Un bon sommelier est aussi un gastronome capable de penser l'harmonie
entre le vin et le mets. De ce point de vue, je préfère un
sommelier moins affûté du point de vue des connaissances historiques
et géographiques mais qui sait donner le bon conseil au bon moment.
Dans
votre établissement, on vient surtout pour boire de très
bons vins au verre ?
Oui,
mais les gens sont surpris par la qualité des mets ! Le principe
est simple et va un peu à l'encontre de la pratique courante. Le
client choisit un vin. À partir de là, je lui propose un
plat dont les saveurs mettront en relief les arômes du vin. Éventuellement,
je demande au chef, Laurent Sturbois, de modifier une sauce pour que le
mariage soit optimum.
Quels
conseils donneriez-vous aux personnes désireuses de se constituer
une cave ?
Trouvez
d'abord un lieu relativement humide, exempt de lumière, bien
aéré, soumis à une température la plus stable
possible (jamais inférieur à 8° et ne dépassant
pas 15°). Ensuite, sachez ce que vous voulez faire de votre
vin : le consommer dans l'année ou le faire vieillir ? Connaissez-
vous vous-même, finalisez vos attentes. En ce sens, une
cave ressemble toujours à son propriétaire, elle est le reflet
de la personnalité… Pour ce qui est de l'achat du vin, le plus passionnant
est bien sûr d'aller directement chez le vigneron (il y en a 200
000 actuellement en France), dans la cave duquel vous pourrez goûter
sans obligation d'achat. Il faut savoir toutefois que le vin y paraît
toujours meilleur : de retour chez soi, on a du mal à retrouver
l'émotion de la découverte et on est souvent un peu déçu.
Les
Français boivent moins mais mieux (en moyenne 60 litres de vin par
personne et par an). Avez-vous le sentiment que l'on se dirige vers des
vins de meilleure qualité ?
Oui,
les vins sont aujourd'hui techniquement mieux élaborés qu'autrefois.
Les vins du Languedoc, du Roussillon, du Sud-Ouest et de Corse notamment
sont devenus excellents, avec un très bon rapport qualité/prix.
La conséquence est un certain nivellement par le haut : les techniques
de fabrication étant à peu près les mêmes, de
plus en plus de vins différents tendent à se ressembler.
Mais ça n'est peut-être qu'une phase transitoire. Le vin de
terroir, typé, reconnaissable avec ses caractéristiques propres,
est de plus en plus apprécié par le public.
De
nombreux crus français sont exclusivement réservés
à l'exportation. Par exemple, le côte rôtie " La Turque
" de Guigal, encensé par Parker il y a peu, est introuvable en France.
Cette tendance vous paraît-elle irréversible ?
Hélas
oui ! C'est la loi du marché.
Les
Français s'intéressent de plus en plus aux vins étrangers.
Quels pays vous paraissent sortir du lot aujourd'hui ?
Disons qu'en
Europe, l'Espagne et l'Italie restent des leaders incontestés. Pour
le reste du monde, il faut miser sur les États-Unis, le Chili, l'Afrique
du Sud et l'Australie. Ces pays fabriquent des vins très agréables,
bien élaborés, équilibrés, mais peu d'immenses
crus capables de rivaliser avec nos gloires nationales.
Que
pensez-vous de la mode du fût de chêne ?
Ah,
c'est le grand débat actuel ! Le fût de chêne est en
fait le contenant naturel du vin depuis très longtemps. Il apporte
au vin de la complexité, des notes épicées et du tanin.
Pour les vins de garde, c'est un plus. En revanche, pour les vins jeunes
comme le gamay de Touraine ou les beaujolais, le fût de chêne
est inutile… et pas rentable (un fût coûte quand même
3500 F.).
Votre
dernier coup de cœur ?
Un
vin corse de Calvi : le Clos Reginu E Prove 1997. Un très joli vin
rouge à la couleur grenat, aux arômes de fruits noirs, complexe,
franc, suave et généreux en bouche, parfait pour accompagner
des viandes rôties.
(Propos recueillis par Emmanuel Tresmontant et Georges Rouzeau, rédacteurs pour le Magazine du Guide Rouge Michelin)

Le
Bistrot du Sommelier
97
bd Haussmann
Tél
: 01 42 65 24 85, fax : 01 53 75 23 23
Fermé
août, Noël au jour de l'An, sam. et dim.
Repas
390/650 (dîner) et carte 280 à 400, enf. 90.