Projet Le vent en poupe - Chapitre treize - Dossier



Edition du 1 février 1997
Heureuse d'être choriste

Élise Duguay :
La voix derrière Céline Dion

Élise Duguay a une solide réputation dans le monde musical québécois. Sa voix, chaude et riche, l'a conduite sur les plus grandes scènes du monde. Choriste pour Céline Dion, elle se considère choyée par le métier...

 
La talentueuse Élise Duguay avoue ne pas être attirée
par une carrière de soliste. Elle préfère rester
à l'arrière-plan et prêter sa voix à l'harmonie musicale.
Choriste au petit écran pour la première fois à l'émission "RSVP", puis à "Beau et Chaud", Élise Duguay a ensuite participé, en 1989 et en 1990, à la plus importante tournée de Roch Voisine en sol québécois. En 1997, c'est en compagnie de Céline Dion qu'elle monte sur les plus grandes scènes du monde. Or, cette femme de 34 ans, douce et toujours souriante, ne dègage aucun signe de prétention. Voici la voix derrière Céline...

Élise, comment votre carrière de choriste a-t-elle démarré ?

Tout en étudiant le violoncelle à l'Université Laval, je chantais dans un quatuor de jazz pour les événements de Québec 84. Notre groupe assurait la première partie du spectacle de René Simard sur un bateau de croisière. Le contrat terminé, Guy Cloutier nous a demandé : "Il y a un gros projet pour Montréal, en septembre. Seriez-vous intéressés à y participer ?" Nous, on pensait qu'il s'agissait de paroles en l'air !" (rires)

Ce qui n'était évidemment pas le cas...

Eh non ! On nous a rappelés afin de nous proposer d'être choristes pour "RSVP", une émission de variétés animée par René Simard. Ce contrat a duré deux bonnes années.

Et, par la suite, tout s'est enchaîné...

C'est ça ! A la télévision, comme on rencontre beaucoup de monde, on se crée des contacts. J'ai donc participé á différents projets : albums, galas, etc., en tant que pigiste.

Aviez-vous déjà travaillé avec Céline Dion ?

Oui. En 1987, j'avais fait une mini-tournée avec l'équipe de Céline. On a visité de 10 à 15 villes tout au plus.

Que s'est-il passé ensuite ?

J'ai participé à "Beau et Chaud" durant quatre ans, de 1988 à 1991; j'ai fait la tournée de Roch Voisine, en 1989 et en 1990, j'ai chanté et joué du violoncelle pour le Cirque du Soleil au Japon, en 1992, et j'ai décroché plusieurs contrats à la pige.

Comment en êtes-vous venue à travailler de nouveau pour l'équipe de Céline Dion ?

Denis Savage, mon mari, travaillait comme sonorisateur dans les tournées de Céline depuis déjà plusieurs années. Le 7 février 1994, je suis allée le rejoindre alors qu'il se trouvait à Los Angeles. (sourire) On n'était pas mariés à l'époque... Ce jour-là, Claude Lemay, le chef d'orchestre de Céline, surnommé "Mégo", m'a appris qu'une des choristes quittait la tournée. Il m'a alors demandé si j'étais intéressée à travailler avec eux. J'ai accepté et, le 25 février, soit quelques semaines plus tard, j'ai assisté au spectacle de Céline à Boston, c'est là que Mégo m'a remis une cassette du spectacle.

Pourquoi ?

Pour que je puisse apprendre les textes, savoir où faire les voix, pratiquer les chorégraphies, etc. Je n'ai eu qu'une semaine pour me préparer, dans mon salon, en vue du spectacle. Le premier show de Céline auquel j'ai participé a eu lieu à Toronto le 5 mars suivant. Depuis, on s'est produit partout dans le monde : au Canada, aux États-Unis, en Europe, en Asie, en Australie...

Votre rôle ne se résume donc pas à faire des voix ?

Oh non ! En plus de faire des voix et différentes harmonies vocales, on danse, on bouge et on exécute des chorégraphies. Sur la scène, Céline nous fait des grimaces et des clins d'œil. On a une belle complicité avec elle ! De plus, j'apporte ma collaboration à Céline quand elle interprète "Power of Love" et "Destin". Dans "Misled, Love Can Move Mountains", les choristes se placent à l'avant-scène pour danser, taper dans les mains et solliciter la participation du public.

Quel effet cela fait-il d'être l'une des voix derrière Céline, de partager les scènes du monde avec elle ?

J'en suis très fière ! Mais je reste quand même modeste. Céline ne joue pas à la vedette; tout le monde est étonné de la simplicité de notre équipe.

Une équipe qui, je crois, compte beaucoup de Québécois !

Un gang de 55 personnes ! Mais nous disposons aussi d'une équipe de montage dans chaque ville où nous allons, et les membres d'un service de traiteur nous suivent d'un endroit à l'autre afin de préparer les repas. Au total, on doit être au moins 80 ! Des liens incroyables se sont créés entre nous. D'ailleurs, les traiteurs nous ont souvent dit : "La tournée de Céline Dion est la meilleure affaire que nous ayons jamais eue !"

Qu'est-ce qui fait toute la différence ?

Céline, à elle seule, fait toute la différence ! (rires) Elle mange, rit, danse et s'amuse avec nous. Elle ne passe pas tout son temps dans sa loge. Elle se mêle aux musiciens, aux techniciens, aux camionneurs... Elle est chaleureuse, maternelle et très protectrice. Si quelqu'un est malade ou blessé, vous pouvez être sûr que Céline est toujours la première à s'en préoccuper. Un autre exemple : après chaque spectacle, quand elle se retire dans sa loge, elle remercie toute l'équipe par la radio portative. Il faut le faire !

Elle est vraiment très généreuse !

Énormément ! Elle adore les gens. Elle est professionnelle, disciplinée, toujours de bonne humeur, et elle est très accommodante. C'est toute une chance de travailler à ses côtés !

En tant que choriste, avez-vous avec elle une relation différente de celle des autres membres de l'équipe ?

Je ne sais pas... (Elle réfléchit) Notre relation n'est pas vraiment différente. Cependant, Céline et moi, on a une préoccupation commune : la voix ! On y prête une très grande attention. On fait souvent des vocalisations ensemble pour réchauffer nos cordes vocales.

Avez-vous déjà rêvé de devenir soliste ?

(Éclat de rire) Je l'attendais, cette question-là ! Pas du tout ! Je ne suis pas attirée par le métier de chanteuse. Moi, je suis passionnée par l'harmonie des voix, la façon dont elles se combinent. L'union de plusieurs voix, ça me donne des frissons. Comme les musiciens, j'aime bien être à l'arrière-plan.

À quoi ressemble une journée type, en tournée ?

C'est très différent d'une personne à l'autre. Céline, les musiciens, les techniciens... Il n'y en a pas deux qui ont le même horaire !

Décrivez-nous comment se déroule une journée pour vous.

En Europe - comme ç'a été le cas au dernier Tour Bus -, on monte dans l'autocar après le spectacle et on se dirige vers la ville suivante. A bord, on mange, on regarde la télévision, on écoute de la musique, on parle ensemble, puis on va dormir dans notre couchette. Selon la distance à parcourir, on arrive à destination dans la nuit ou en matinée et on s'installe à l'hôtel. Durant la journée, Denis et moi, on visite un peu la ville si le temps nous le permet. Puis, vers 16 h ou 17 h, on fait les prises de son. Je fais des exercices d'aérobic et je réchauffe ma voix. Ensuite, on mange tous ensemble et on monte à nouveau sur les planches.

Votre emploi du temps est donc assez diversifié...

Oui. D'ailleurs, je trouve ça bien que chacun vaque à ses petites affaires durant la journée. On ne peut pas rester ensemble 24 heures sur 24 !

Parfois trouvez-vous difficile de devoir partir à l'étranger si longtemps ?

Bien sûr ! On est loin du Québec, de la maison, de la famille... La dernière tournée en Europe, par exemple, a duré plus de 11 semaines. Mais comme mon mari participe aussi à la tournée, je suis choyée ! (rires)


Texte : Dernière heure (TVA Publications) - © inconnu
Photo : Jenny & Cara's Elise Duguay website
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