La Techno et la House constituent
les mouvements musicaux les plus importants des années 80-90 et
ne cessent de se développer à vitesse grand V, en ce moment, en France. Le cercle des adeptes s'agrandit de semaine en semaine, grâce
à un phénomène nouveau appelé Rave Party.
Ces manifestations réunissent, chaque week-end, entre 4000 et 15000
personnes dans les principales villes d'Europe (Paris y compris), à
chaque fois dans un endroit différent et original. Des kilomètres
sont parcourus par les passionnés de "rave" (traduction familière du mot anglais rave, qui veut aussi dire 'délire') qui battent la campagne
pour écouter leur musique favorite et faire la fête pour trois
fois moins cher qu'en boîte, endroit qui n'apporte plus grand-chose
à une certaine catégorie de la jeunesse, éprise de
liberté et de démocratie.
|
![]()
Témoignages
Horace, 40 ans, comédien.
"Je suis surtout séduit par les raves. Dès
que j'y arrive, je change d'identité, je laisse mes jugements et
mon regard critique à l'entrée et je me laisse emporter par
la musique. J'ai enfin la possibilité d'évoluer comme je
le veux, sans règles ni obligations. Une rave peut durer 48 h, on
oublie toute notion de temps, les repères sociaux et hiérarchiques
s'envolent. La musique n'est qu'un support permettant de se délivrer
du stress, on se projette dans une autre dimension, dans un état
proche de la transe. On ne communique pas directement avec les autres,
la musique nous en empêche, mais on se sent tous en communion. On
peut apparenter ces fêtes à une fuite collective de la réalité,
mais c'est pourtant une des rares occasions où on peut encore se
lâcher : on est tous ensemble mais comme chacun est dans sa bulle,
on ressent une sensation de liberté quasi totale."
|
Joël, 19 ans, lycéen.
"Plusieurs fois par mois, on se retrouve avec des copains
dans de vieux hangars, ou bien dans des salles
spécialement aménagées pour des raves. Plus on est
nombreux, plus c'est sympa. On croise des visages connus ou inconnus et
ça se passe toujours bien : on n'est pas là pour se faire
la guerre mais pour s'amuser comme on veut. Il m'est arrivé d'éprouver
des sensations inouïes dont je n'aurais jamais pu supposer la force
auparavant. Je ne sais pas vraiment à quoi c'est dû, mais
je sais que cela n'a rien de dangereux. Le moment que je
préfère, c'est au début de la soirée, quand
les fumigènes tournent à fond, que la musique bat, bat et
bat encore et que peu à peu, je me sens "décoller". Pourtant,
je ne prends ni drogue ni alcool. Je n'entends plus rien, que des "boum
boum" réguliers. Je laisse alors mes bras, mes jambes "partir",
bouger sans chercher une quelconque esthétique. Plongé dans
un monde qui n'est qu'à moi, je laisse mes idées, mon esprit
divaguer. Des images me viennent, s'en vont... J'oublie absolument tout
: les profs, le bac, les parents, ma copine... C'est le seul moment où
j'ai vraiment l'impression de ne vivre que pour moi et pour moi seul, de
ne chercher à plaire à personne : d'être, tout simplement. |
|
La techno française est très créative
et riche pour la société.
Rave universelle Par Jack Lang
Nous avons longtemps été, en France, à l'avant-garde de la musique contemporaine. (...) Malgré cette avance (...), la scène techno française s'est développée plus tardivement que ses voisins européens, notamment britanniques et allemands. Aujourd'hui, elle est reconnue au niveau international grâce à des artistes aussi talentueux que Laurent Garnier, Daft Punk, Motorbass, ou Dimitri from Paris. Cette french hype, ne serait-elle que temporaire, est la meilleure preuve de la qualité et de la créativité de la production française. Par exemple, la house parisienne fait danser de Londres à Tokyo. Nos DJ jouent aux quatre coins de la planète. Les fêtes techno sont un espace pluridisciplinaire. A l'heure du multimédia et de l'Internet, la «génération techno» ne connaît plus de frontières culturelles ou géographiques. Ces soirées ont favorisé l'essor de toute une génération de jeunes artistes, musiciens ou créateurs de mode, animateurs vidéo, acteurs de théâtre ou sculpteurs sur glace... Dans ces fêtes où les artistes restent souvent des anonymes, les différences de sexe ou d'origine n'existent plus. A l'instar de tout nouveau mouvement culturel, la techno a développé ses propres codes et ses propres réseaux en dehors des structures préexistantes. Des réactions de crainte et de mépris ne se sont pas fait attendre. La peur de l'inconnu et de la nouveauté a engendré tous les fantasmes. L'intégration de la technique à l'art a suscité des interrogations et des angoisses. Elles se sont traduites par des mesures d'empêchement et d'interdiction : fermons les boîtes de nuit, interdisons les concerts, empêchons les rassemblements... Comme ministre de la Culture, j'ai connu la même situation avec le rock et le rap pendant les années 80. J'ai dû me battre contre des maires qui refusaient de louer des salles pour organiser des concerts, avant que ces genres musicaux acquièrent droit de cité. Quand une société est hostile, toutes sortes de prétextes servent à justifier une telle répression. Cessons cette hypocrisie. La techno est devenue aujourd'hui un phénomène de société dont l'ampleur ne peut laisser indifférent. L'amalgame entre ce mouvement et la drogue est inadmissible, et participe de cette volonté répressive. Le trafic et la consommation de stupéfiants sont des sujets suffisamment préoccupants pour mériter un débat sérieux. Je suis contre la drogue, et pour la prévention et l'information sur les risques de consommation de produits dangereux. Mais ce n'est pas en interdisant et en fermant les yeux qu'on va résoudre ce problème. (...) La politique répressive ne saurait être une réponse adaptée. Non seulement elle constitue une atteinte grave à des libertés essentielles, mais elle accroît les risques qu'elle prétend combattre en rejetant ces soirées dans l'illégalité. En participant à la Love Parade de Berlin en juillet dernier, j'ai découvert une jeunesse enthousiaste, tolérante et ouverte d'esprit. Dans cette ville qui a été successivement soumise aux dictatures nazie et communiste, j'ai été très impressionné par cette atmosphère de libertés et de paix. L'organisation d'une parade techno à la française constituerait une étape de ce circuit européen estival qui mène de Berlin à Zurich en passant par Brighton, Rotterdam ou Hanovre. C'est aussi une façon de rapprocher la jeunesse de nos pays et de construire l'Europe. Cela pourrait marquer la naissance d'une universalité nouvelle, l'universalité de la poésie, de l'art, de la tolérance, qui se substituerait à l'universalité de la guerre, de la violence et de la répression. Les parades et les fêtes techno sont devenues l'occasion, pour une jeunesse qu'on dit en quête d'identité, d'affirmer son unité et son optimisme, et d'ouvrir le chemin à une société nouvelle. |