| La Marseillaise en question
Il faut garder la musique mais il urge de changer les paroles : elles sont indignes de la France d’aujourd’hui, patrie de la paix et des droits de l’homme.
Les députés français envisagent de sanctionner les « outrages à l’hymne national ». Très bien ! Encore faudrait-il que les paroles de notre hymne national soient conformes à l’éthique qui prévaut dans les mentalités des Français ! Comment Jacques Chirac peut-il se battre avec autant de conviction -et il a raison- contre la guerre en Irak et, en même temps, refuser de changer les paroles de la Marseillaise ? Jacques Chirac est un pacifiste qui fait tout ce qu’il peut pour éviter la guerre américaine contre l’Irak. Les paroles de la Marseillaise vont à l’encontre de cette position. Elles sont guerrières et particulièrement violentes : « Aux armes citoyens ! » Contre qui ? « Un sang impur ? » Quel sang humain est impur ? Il y a longtemps déjà que le sang des Anglais et des Allemands -nos anciens ennemis héréditaires- n’est plus impur. L’entente cordiale a fait que le sang anglais n’est plus un sang impur, et le général de Gaulle et ses successeurs ont tout mis en œuvre pour que le sang des Allemands ne soit plus non plus, pour nous, un sang impur. Il n’y a plus de guerre en Europe. Alors pourquoi ces couplets sanguinaires qui appellent les Français à la pire violence à l’égard d’anciens ennemis devenus des alliés ? Il y a quelques temps déjà, l’abbé Pierre dont nul ne peut mettre en cause le patriotisme, s’était indigné contre cette formule qui lui paraissait inacceptable.
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Rouget de Lisle a écrit les paroles de la Marseillaise à une époque où la Patrie, assaillie par les monarchies européennes, était réellement en danger, où la Révolution française, honneur de notre Nation, devait faire face à l’ensemble des autres pays d’Europe sous la tutelle de monarques absolus. Tout cela appartient à un passé révolu. D’autres pays d’Europe, comme l’Allemagne après la capitulation du régime nazi a renoncé au « Deutschland über alles » pour adopter l’hymne à la joie. Les paroles de la Marseillaise sont une injure à la vocation de la France dans une Europe construite pour la paix. Elles sont anachroniques voire monstrueuses dans un monde qui n’aspire qu’à la paix. Notre Président, nos ministres, nos parlementaires ne cessent de tenir des discours contre la violence, tout en proposant un texte de loi protégeant un chant qui n’est que violence, qui appelle à la vengeance et dont pas une parole ne parle de paix, de fraternité entre les peuples. Avec cette Marseillaise-là, nous sommes probablement l’un des rares pays au monde à conserver un hymne national aussi guerrier. C’est difficilement supportable ! Jacques Chirac s’indigne que des supporters voire des joueurs sifflent la Marseillaise à l’ouverture d’un match de football. Et si, de leur part, ce n’était pas une manifestation hostile à la France mais tout simplement un refus de ces paroles barbares qui constituent notre hymne national ? Il ne doit pas être très difficile de trouver un poète inspiré qui, sur l’air de la Marseillaise, rédige des paroles de paix et de solidarité. Pourquoi pas : « Allons enfants de la Patrie, le jour de paix est arrivé ! » Puisque, dans ce pays qui est le nôtre, on adore créer des commissions, des comités, des missions, pourquoi Jacques Chirac ne demanderait-il pas à Jean-Pierre Raffarin de mettre en place une structure nationale chargée de soumettre à la Nation un couplet de notre hymne national qui correspondrait mieux à nos aspirations ? Est-il sacrilège d’évoquer ce problème ? Je crois au contraire qu’il est sain de le faire ! Georges DENIZET (2003) |